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10 infos étonnantes sur René Goscinny

14 Juil 2019 | Les miscellanées | 0 commentaires

C’est en écoutant l’excellent podcast BD d’Ygaël, L’Atelier BD, sur Johan et Pirlouit que l’idée du présent article m’est venue. Dans un premier temps, j’y apprends l’aventure étonnante de trois dessinateurs belges et pas des moindres, Jijé (Spirou), Franquin (Gaston Lagaffe) et Morris (Lucky Luke), qui s’en vont à l’assaut de l’Amérique en 1948 dans l’espoir de se faire embaucher par Walt Disney. Cette histoire fait l’objet d’un BD intitulée Gringos Locos. Dans leur périple, ils rencontreront René Goscinny (Astérix) qui travaille sur New-York à cette époque.

Après quelques recherches googliennes, je tombe sur des infos contradictoires. Notamment sur le fait que Jijé part vivre aux États-Unis avec femme et enfants, dans le Connecticut. Pas en périple version bande de potes, donc. Peut-être que les deux infos sont vraies, qu’une part de fiction est venue se mêler à tout ça. Mais comme, au final, je trouve assez peu d’infos concrètes, vérifiables et suffisamment intéressantes ou étonnantes pour faire l’objet d’un article, l’idée rejoint le cimetière déjà bien rempli de mes fausses bonnes idées d’articles sur la Marche funèbre de Chopin, entre la liste des noms des doigts de main et de pied et les 10 infos étonnantes sur mon beau-frère. N’écoutant que mon âme zombie, peut-être reviendrais-je un jour ou l’autre hanter les lieux en manque d’inspiration, en dernier recours, la mort dans l’âme, pour en ressusciter quelques unes. Inkling dead !

D’ailleurs, il sera question de mort étonnante en toute fin d’article. Avant cela, je vous propose de découvrir 10 infos étonnantes sur le scénariste de Lucky Luke, Astérix le Gaulois, Le Petit Nicolas, Iznogoud et tellement d’autres.

Minichronique

La première fois, me semble-t-il, que je mets un visage sur le nom de Goscinny, c’est en 1976. J’ai 10 ans. 19H45, c’est l’heure où toute la famille est à table devant la télé. Nous sommes pendant les vacances de Noël et un nouveau programme s’invite sur le petit écran juste avant le JT de TF1. On assiste à des moments de vie d’un français moyen issus pour certaines situations des Dingodossiers dessinés par Gotlib. Bouchard ! C’est le nom bien franchouillard du héros.

À l’instar d’un Alfred Hitchcock, René Goscinny, à l’origine du projet, paye de sa personne en présentant lors de petites scénettes liminaires l’épisode du jour. Le générique flipper (pas le dauphin, le billard électrique) a marqué mon imaginaire pré-adolescent au point de m’en rappeler encore aujourd’hui. Bien sûr, l’ensemble a passablement vieilli mais je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous les quatre premiers épisodes compilés de la saison 1 dans la vidéo ci-dessous. La deuxième saison diffusée un an plus tard à la même période sera malheureusement la dernière, René Goscinny ayant trouvé la mort quelques semaines plus tôt, fin 1977. Nous en reparlerons plus tard.

Dans le monde

Astérix à lui seul a été traduit dans 111 langues ou dialectes et représente un total de vente d’albums estimé à 380 millions d’exemplaires, ce qui en fait la bande dessinée européenne la plus vendue dans le monde. Si on cumule les ventes des albums auquel René Goscinny a participé, on arrive à plus de 500 millions d’album faisant de lui l’un des auteurs français les plus lus au monde. Respect !

Liliane d’Orsay

Il n’y a pas de hasard dans la vie. Je porte une affection toute particulière à Goscinny pour l’ensemble de son œuvre mais aussi à une autre personnalité dont je vais taire le nom afin de ménager le suspens de cette info. Connaissez-vous Liliane d’Orsay ? Question cheveux dans la soupe. Fermons les yeux et laissons voguer notre imagination. On soupçonne une femme distinguée, érudite et pratiquant la bonne société comme moi le steak frites, avec gourmandise et régularité. Liliane d’Orsay tenait la rubrique savoir-vivre de l’hebdomadaire belge Bonnes soirées. Elle faisait montre de connaissances pointue sur le sujet. Tout cela semble anodin, je dirais même badin, et vous vous demandez avec raison pourquoi je vous parle de cette dame. Ah oui, petite info qui a son importance, Liliane d’Orsay n’a jamais existé. Ou plus exactement, sous ce pseudonyme se cachait un homme, René Goscinny.

Quelques années plus tard, le nom sera à nouveau utilisé pour le courrier du coeur du même journal, la plume toujours tenue par un homme, un de ceux que je préfère, un de ceux qui auraient pu faire vaciller mon hétérosexualité gourmande tant l’agencement subtile de ses mots me mettent en transe, Pierre Desproges. Étonnant, non ?

Pour info, les deux génies, pas encore considérés comme tels se côtoient. La preuve se trouve sur cette page, un peu plus haut. En effet, Goscinny donnera son premier rôle de fiction à Desproges dans les Minichroniques. Si vous n’avez pas maté la vidéo et si vous voulez le voir dans le rôle de Bertin donner la réplique à Bouchard, rendez-vous à 14’20 ». Il reviendra à plusieurs reprise dans la série, changeant parfois de rôle.

Une jeunesse américaine

En 1927, alors que René a à peine deux ans, les Goscinny partent vivre à Buenos Aires en Argentine. Il étudie dans les écoles françaises de la ville et passe ses grandes vacances en Uruguay. La famille reviendra épisodiquement sur le vieux continent pour visiter les membres restés en France.

Après la perte de son père, en 1945, Goscinny accompagné de sa mère quitte l’Argentine pour New York. Il rêve de rencontrer Walt Disney ou Stan Laurel, son acteur préféré. Il fera toutefois une rencontre inattendue qui le marquera, celle de Harvey Kurtzman, le futur fondateur du magazine Mad inspiration forte du magazine Pilote dont Goscinny sera l’un des rédacteurs en chef. Apprenant que Jijé s’est installé dans le Connecticut, il lui rend une petite visite. Par son intermédiaire, il fera connaissance d’un certain Morris qui vient à peine de lancer les aventures d’un cowboy solitaire tirant plus vite que son ombre. Lucky Luke ne le sait pas encore, cette rencontre lui permettra de vivre parmi ses plus belles aventures.

Dick Dicks

On ne m’enlèvera pas de l’idée que Goscinny, roi des calembours devant l’éternel, était tout à fait conscient que le nom du premier héros de BD qu’il invente peu avant son retour en France se traduit par « Bite Bites ». Le prude Hexagone, heureusement à l’époque, ne maitrise que moyennement la langue de Shakespeare. Oui, messieurs dames, Dick Rivers se traduit bien par (à peu près) « rivière de bite ». Je sais, respect aux morts récents. Pas pu m’en empêcher. Désolé.

Dick Dicks est un détective de police new-yorkais à la Dick Tracy (plus de traduction, promis !). Il en est à la fois le scénariste mais aussi le piètre dessinateur selon ses aveux. Il essuiera de nombreux refus avant de décider d’envoyer ses planches à Jijé pour qu’il les montre aux éditions Dupuis. Une erreur postale fera qu’elles ne seront présentées. Goscinny restera fâché un an avec Jijé à cause de cela.

Après moult tentatives, les planches seront acceptées et publiées dans le supplément du magazine La Wallonie. Dick Dicks sera le premier héros de BD à faire gagner quelques sous à René Goscinny. Il en dessinera 200 planches entre 1950 et 1955.

Il a contribué à la reconnaissance du métier de scénariste de BD

À l’époque, scénariste de BD n’est pas un métier reconnu. Soit le dessinateur scénarise ses histoires – la majorité des cas -, soit le dessinateur se fait aider pour raconter ses histoires et le nom du scénariste est relégué aux pages intérieures, comme celui de l’encreur ou du coloriste de nos jours. Il n’était alors pas pensable de taper à la porte d’un éditeur avec une histoire, à la recherche d’un dessinateur. À défaut d’avoir inventé le métier,  il sera le premier que le grand public connaîtra, il contribuera à démocratiser ce qui deviendra un vrai métier et, surtout, grâce à lui le nom du scénariste sera associé à celui du dessinateur sur la couverture des albums.

Voilà ce qu’il en disait : « Lorsque nous avons débuté, il n’était pas question de gagner sa vie en faisant ce métier. On me regardait bizarrement et on me disait : « Mais quel est votre VRAI métier ? C’est impossible que vous vous occupiez de mettre des lettres dans des ballons ! » Heureusement, j’ai de l’amour-propre mais aucun sens de la dignité. »

Entre Dick Dicks et Astérix

En 1956, Goscinny est contacté par le rédacteur en chef du Journal de Tintin pour lui redonner une touche d’humour et ainsi marcher sur les plate-bandes du concurrent direct, le Journal de Spirou. Il va collaborer avec énormément de dessinateurs sur une assez courte période :

Jo Angenot pour Mottie la marmotte ;
Dino Attanasio pour Signor Spaghetti ;
Jo-El Azara pour Paco Marmota ;
Berck pour Strapontin ;
Noël Bissot pour Coccinelle ;
Paul Coutant pour Kenott et Futé ;
André Franquin pour Modeste et Pompon ;
Raymond Macherot pour Klaxon, Le Père la Houle ;
Maurice Maréchal pour Prudence Petitpas ;
Bob De Moor pour Monsieur Tric ;
Rol pour Wa-Pi-Ti, Oscar Baudruche mène l’enquête ;
Albert Uderzo pour Oumpah-Pah, Poussin et Poussif, La Famille Moutonet, La Famille Cokalane ;
Tibet pour Chick Bill, Globul le martien, Alphonse ;
Albert Weinberg pour Le professeur est distrait.

En parallèle, à la même époque, Goscinny collabore avec Morris sur Lucky Luke pour le magazine Paris-Flirt.

Goscinny, scénariste de Tintin ?

Je ne sais pas si Hergé, le papa de Tintin, et Goscinny se connaissaient bien. J’ai juste trouvé cet extrait d’une émission TV de 1969 présentée par Pierre Tchernia où on les retrouve sur un même plateau accompagnés d’Uderzo et de Franquin.

Cependant, à moins que cela soit une boutade ce qui collerait bien avec le personnage, René Goscinny participera à l’écriture des deux films live action aux scénarios originaux, pas déclinés des albums du journaliste à la houppe que sont Tintin et le Mystère de La Toison d’or et Tintin et les Oranges bleues. Il précise avoir « fourni des gags qui n’ont pas été utilisés ». Il est cependant crédité au générique du second film. Le journaliste Nicolas d’Estienne d’Orves quant à lui prétend qu’il aurait également participé au scénario du film d’animation Tintin et le Lac aux requins.

Panthère rose, une histoire de voleur !

René Goscinny est désormais reconnu grâce au succès d’Astérix et à ses années en tant que rédacteur en chef de Pilote de 1963 à 1974. Il fait une incursion dans le cinéma en signant le scénario, avec l’ami Pierre Tchernia, du film Le Viager. Les séances d’écriture se déroulent en partie lors des voyages en train réguliers que font les deux compères entre Paris et Bruxelles pour surveiller l’évolution du film d’animation Lucky Luke.

En 1975, il tente l’aventure cinématographique à l’international en envoyant le scénario du Maître du Monde à Peter Sellers, lui suggérant le rôle principal. Il n’aura aucune réponse de l’acteur anglais. L’année suivante sort au cinéma Quand la panthère rose s’emmêle de Blake Edwards avec Peter Sellers. Se rendant compte que l’histoire du film s’inspire directement de son scénario, il dépose une plainte pour plagiat qui malheureusement n’ira pas jusqu’à son terme suite à la mort du plaignant deux ans plus tard

Une mort stupide

Même si cela peut sembler de très mauvais goût, je ferai sans doute prochainement un article/liste sur les morts les plus cons. Celle de Goscinny pourra s’y trouver en bonne place. C’est chez son cardiologue que la chose se passera, victime d’une crise cardiaque le 5 novembre 1977, lors d’une épreuve d’effort sur un vélo d’appartement. Il meurt à l’âge de 51 ans.

Sources : Wikipédia, lefigaro.fr, goscinny.free.fr

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