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10 mots amérindiens de notre quotidien (part 1)

8 Mar 2020 | L'Impossible Dictionnaire | 0 commentaires

J'aime concevoir des articles autour des mots, d'où la rubrique du même nom. C'est ce biais qu'au départ je souhaitais développer dans la série d'articles intitulée "Les Amérindiens dans notre quotidien". Comme il me semblait important que, préalablement, je plante le décor avant d'attaquer la partie étymologique et vous faire découvrir les origines amérindiennes des mots de notre quotidien, j'ai initié 1, puis 2 pour au final vous proposer 7 articles sur l'histoire des peuples autochtones des Amériques tant le sujet était riche et passionnant. La plus longue introduction au monde pour un article de blog !

Aujourd'hui, il est grand temps de vous dévoiler cette incroyable liste et, finalement, instiguer une nouvelle série. On connaît les mots français d'origine anglo-saxonne, allemande ou italienne, par exemple, mais vous êtes-vous déjà demandé si tel ou tel vocable nous venait des Incas ou des "peaux-rouges" ? Moi jamais, avant de tomber sur un mot dont je n'aurais jamais soupçonné l'origine et pour lequel je vous réserve un article complet tant ma surprise fut grande, tant l'inspiration fut féconde, tant il y a à dire sur le sujet. Pour l'heure, levons le voile sur les mots que j'ai ensuite traqué sur la toile pour vous dégoter comme à mon habitude des infos étonnantes les concernant. Vous allez voir, certaines filiations ethniques sont évidentes, d'autres tout bonnement bluffantes.

CAÏMAN

Mot d'origine caraïbe désignant une variété de crocodile américain. Comme vous l'avez découvert dans Les Amérindiens dans notre quotidien (part 7), les Caraïbes (ou Kalinagos) est un peuple amérindiens. Originaires du Nord du Venezuela, ils migreront en fin du neuvième siècle vers des îles qu'on nommera plus tard de leur nom.

Petite info rigolote, "caïman" est aussi le nom argotique qui désigne un directeur d’études à Normal Sup.

CURARE

La première fois que j'entends le mot "curare", c'est dans L’Homme de Rio, le film d’aventure "Tintin like" de Philippe de Broca sorti sur les grands écrans français en 1964. Je n'ai donc pas été étonné de son origine, également caraïbe. Le curare, c'est un poison extrait de lianes d'Amazonie provoquant une paralysie des muscles. Dans le film, des indigènes enduisent leurs fléchettes de la dangereuse substance.

MANITOU

On désigne de "grand manitou" une personne importante à laquelle on attribue beaucoup de pouvoir et d'influence. L'expression est synonyme de grand ponte, caïd, mandarin. Puisque les fans de Marvel y ont reconnu deux personnages emblématiques de la Maison des Idées, pour exemple, on peut dire que Kevin Feige est le grand manitou du Marvel Cinematic Universe.

Le manitou est un dieu ou un esprit du bien chez les Indiens Algonquins d'Amérique du Nord.

MOCASSIN

À la base, chez les Algonquins, les mocassins (mockasin) sont des chaussures conçues à partir d'une seule pièce de peau ou d'écorce d'arbre souple, cousues avec des tendons animalier. Aujourd'hui, on parle de mocassins pour désigner des chaussure à talon bas, caractérisée par la souplesse de leur cuir, sans attache ni lacet.

OUISTITI

Singe d'Amérique du sud, le ouistiti fait partie des platyrrhiniens nommés également "singes du Nouveau Monde". "Platyrrhini" provient du grec (platus pour "large" et rhinos pour "nez"), en opposition aux singes de l'Ancien monde appelés catarrhiniens signifiant "nez bas". C'est étonnant de voir que pour les scientifiques, une différence d’appendice nasal définit une race chez les singes. Non parce que chez les humains, ça foutrait un beau bordel, non ? Bien sûr, il ne s'agit pas de la seule différence mais c'est celle qui permet de les nommer. C'est sans doute pour cette même raison que le nasique (voir photo jointe) est le seul représentant des nasalis. Je pense soudain à Tintin et à son plus célèbre antagoniste Rastapopoulos. Vous l'avez la réf ?

Revenons aux oustitis, les plus petits singes du monde, qui ont la particularité de donner naissance systématiquement à des jumeaux. Leur nom, selon Buffon, aurait été donné par les tribus amérindiens à partir de leur cri et serait une onomatopée.

Le mot "Oustiti" serait, selon une étude datant de 2010 et commandée par la marque Nikon, la locution offrant le plus beau des sourires sur les photos. Étonnant, non ?

POW-WOW

Vous souvenez-vous de ce groupe vocal des années 90 qui avait connu son petit succès avec des titres comme Le Lion est mort ce soir ou Le Chat ? Le terme "pow-wow" désigne un chaman en nagarransett, une des langues algonquiennes. Allez hop, petite pose musicale.

SACHEM

Chez les Narragansetts - encore eux -, le sachem désigne le chef suprême d'une tribu, un titre héréditaire. Une autre origine prétend que le mot est iroquois et signifie "vieillard sage", un titre donné aux grands chefs des tribus du Canada et du nord des États-Unis. Les tribus algonquiennes et iroquoises étaient ennemies, tentaient de partager les mêmes territoires et, semble-t-il, les mêmes mots. D'ailleurs, "Iroquois" est la déformation de l’appellation algonquine signifiant "vraies vipères". Ah, ils ne s'aimaient pas ceux-là !

L'expression "grand sachem" qu'on confond souvent avec "grand manitou" (voir plus haut) a conservé son sens iroquois en désignant une personne possédant connaissances et sagesse. L'écrivain François-René de Chateaubriand dont on parlera sans doute un jour dans la rubrique Miam (oui, j'ai une petite faim au moment où j'écris ces mots) se faisait surnommer le Sachem du romantisme.

TOBOGGAN

Provenant du mot algonquin otaban pour "traîne", le mot désigne à l'origine un traîneau sans ski ni lame utilisé pour transporter des gens sur la pente neigeuse d'une colline dans un but récréatif. Bien que le mot que nous utilisons aujourd'hui provient de l'anglais, il a lui même été emprunté au français canadien de l'époque de la Nouvelle-France.

L'origine de la "traîne sauvage" est amérindienne mais pour autant pas unique. Voici une liste désignant le traîneau dans différentes tribus :

  • Tobâgun chez les Micmacs,
  • Udâbâgan chez les Abénaquis,
  • Otâbânâsk chez les Cris,
  • Utapan chez les Montagnais,
  • Nobûgidaban. chez les Anichinabés.

Par contre, chez les inuits, on l'appelle "cométique". Voilà, c'était juste pour dire.

TOMATE

Vous le saviez, vous, que le mot "tomate" venait des Aztèques ? Précisément de la langue nahuatl, tomatl désignant le fruit de la tomatille. Nous l'avons à ce point intégré à notre quotidien que nous l'imaginons purement français. Mais la surprise ne s'arrête pas là. Non seulement le mot n'est officiellement français que depuis 1835 et son entrée au dictionnaire de l'Académie française, mais il fait partie de la famille des mots à l’étonnante universalité. Jugez plutôt :

  • En anglais : tomato en anglais,
  • En allemand : tomate (comme en espagnol ou portugais),
  • En roumain : tomată,
  • En danois : tomat (comme en norvégien, suédois, estonien ou russe),
  • En néerlandais: tomaat,
  • En catalan : tomaquet,
  • en turc : domates.

Il existe bien sûr des exceptions comme en Italie où le fruit s'appelle pomodoro ou  pomidor en polonais. Mais saviez-vous qu'avant 1835, la tomate s'est longtemps appelée en France "pomme d'amour" ou "pomme d'or" ?

TOTEM

Je suis certain que pour ce mot-là, vous aviez une certitude quant à son origine. Peut-être même parce que vous avez lu Les totems scout des personnalités.

 

Sources : www.peuplesamerindiens.com, www.caminteresse.fr, www.larousse.fr, wikipédia

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