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Captain Marvel, l’enjeu d’une marque

3 Mar 2019 | Marvel | 0 commentaires

En décembre dernier, j’écrivais un article sur Les 7 vies de Captain Marvel. Le film consacré au personnage Marvel sortant mercredi prochain, il était temps de transformer les points de suspension laissés par la présentation de Billy Mar-Vell, personnage créé en 1997 pour la série Amalgam Comics, un crossover entre DC et Marvel mix entre deux Captain Marvel.

Le premier Captain Marvel, avant Marvel

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le premier super-héros à avoir porté le nom de Captain Marvel n’est pas issu de l’écurie de la Maison des idées. Nous sommes en 1939, année de la création de Timely Comics qui prendra le nom de Marvel comics bien plus tard, au début des années 60. La première publication de ce nouvel éditeur souhaitant surfer sur le succès de Superman sort en octobre de la même année sous le nom de Marvel Comics #1. Dans ce numéro apparaissent The Human Torch (version androïde), Angel (pas celui des X-Men), Namor (le même qu’on retrouvera plus tard chez Marvel) et Ka-Zar (le Tarzan de chez Marvel qu’on avait déjà vu en 1936 chez un autre éditeur, la Manvis Publishing Company). Dès le deuxième numéro, elle sera renommée Marvel Mystery Comics. Quoi qu’il en soit, il y a déjà du Marvel dans l’air mais point de Captain.

Cette même année, Fawcett Comics souhaite également sa part du gâteau kryptionien. C’est dans Whizz Comics #2 que Bill Parker au scénario et Charles Clarence Beck au dessin lancent… Captain Marvel. Il possède la sagesse de Salomon, la force d’Hercule, l’endurance d’Atlas, le pouvoir de Zeus, le courage d’Achille et la vitesse de Mercure. En criant l’acronyme de tous ces personnages mythologiques ou bibliques, soit « SHAZAM », le jeune Billy Batson se transforme en super-héros au costume moulant et à la cape au vent. Le personnage plait aux lecteurs à telle enseigne que les ventes des Whizz Comics dépassent celles de Action Comics du précurseur DC comics. Ce qui titille la Distinguée concurrence. Il n’en faut pas plus pour qu’un bras de fer judiciaire s’engage entre les deux éditeurs sous prétexte que Captain Marvel s’inspire trop de Superman. Il s’agit d’ailleurs d’une des plus longues batailles juridiques de l’histoire des comics. Douze ans plus tard, Fawcett Comics fera faillite. Je ne vais pas entrer dans les détails de la procédure mais si cela vous intéresse, j’ai la matière pour écrire un article sur le sujet.

Exit Captain Marvel ?

La réponse est non, comme vous pouvez l’imaginer. Cependant, ce n’est pas encore au tour de la Maison des idées d’entrer dans la danse. En 1966, Myron Fass Comics lance un nouveau Captain Marvel. C’est d’ailleurs étonnant de voir que Timely Comics, s’appelant désormais Marvel Comics, ne pas dégainer les premiers.

Cette version de Captain Marvel est un androïde extraterrestre envoyé sur Terre par ses créateurs pour échapper à la destruction de leur planète. Un début de storyline qui lorgne clairement, et une nouvelle fois, sur Superman. Il rencontre un jeune garçon, Billy Baxton, le seul à connaître ses véritables origines. Côté pouvoir, c’est plus original et, pour tout dire, assez loufoque. il peut détacher ses membres et sa tête pour les utiliser comme des armes en criant « split ! », et les rapatrier sur son corps en criant « Xam ! ». Donc, comme le premier du nom, il lui faut s’exprimer verbalement pour user de ses pouvoirs. Le délire est un peu chelou. En pleine période du LSD aux states, il ne faut pas s’étonner. 6 numéros et puis s’en vont. On remarquera un autre manque d’imagination, dans le nom du jeune héros cette fois, qui s’appelait Billy Batson dans la version Fawcett Comics et Billy Baxton, ici.

1967, Marvel comics se réveille

Enfin arrive mon Captain Marvel à moi, celui que j’ai découvert sous ce nom, créé par Stan Lee. La première série est signée Roy Thomas et Gene Colan. On suit les aventures de Mar-Vell, un Kree en mission sur Terre. Paradoxalement, à l’époque, le personnage qui prendra par la suite l’importance qu’on lui connait sera anecdotique, je ne sais pas si le terme est le bon. Je m’explique. Ce qu’il semble, c’est qu’il ne serait pas le fruit d’une volonté éditoriale dans le sens artistique du terme mais bien une option permettant de protéger les droits sur le nom de la société d’édition Marvel Comics. C’est l’apparition du super-héros chez Myron Fass Comics qui aurait réveillé l’éditeur de Spiderman et qui aurait déclenché les tractations pour le rachat des droits d’utilisation du nom avec la création de ce nouveau personnage.

Après un an et demi, les ventes du titre diminuent. Pour tenter de relancer le personnage, l’éditeur décide, en 1969, de le modifier radicalement, changement de costume à l’appui. Le vert et blanc laisse place au rouge et bleu qu’on connait aujourd’hui. Il partage une connexion avec Rick Jones, le compagnon de Hulk. Ils échangent leurs atomes au moyen de bracelets les reliant, ce dernier étant sur terre alors que le Captain est coincé dans la zone négative. La série est interrompue de 1970 à 1972, puis revient en 1973 grâce à Jim Starlin.

En 1982, Marvel décide de mettre un terme au personnage. Jim Starlin est chargé de raconter sa mort à la suite d’un cancer, une première dans le monde des super-héros. Pourtant, comme vous avez pu le découvrir dans mon précédent article consacré à Captain Marvel, de nouveaux personnages utiliseront ce même nom. Loin d’être là aussi un choix éditorial, c’est encore une fois du côté de la « législation » qu’il faut chercher. Pour garder l’exclusivité du nom, Marvel Comics lance rapidement – la même année en fait – un nouveau Captain Marvel avec Monica Rambeau (saurez-vous trouver le clin d’oeil qui lui est fait dans la bande-annonce en bas de page ?). D’autres viendront ensuite pour prendre le relais.

En 2012, Alex Alonso, éditeur en chef, entreprend un grand chantier de diversité au sein des personnages. C’est Carole Denvers qui endosse le grade, après s’être fait appeler Miss Marvel, celle-là même dont on suivra les aventures au cinéma à partir de mercredi prochain. Hasard du calendrier, presque un mois plus tard, précisément le 3 avril 2019 sort…

… Shazam

Se focalisant sur le nom, on en avait oublié le premier Captain Marvel de l’histoire des comics. En 1972, DC rachètent le catalogue de Fawcett Comics, et donc Captain Marvel premier du nom. Si la distinguée concurrence possède désormais les droits du personnage, ils n’ont pas les droits sur son nom. Voilà pourquoi en 1973 est lancé le premier numéro de Shazam, même s’il s’agit toujours du jeune Billy Baston pouvant se transformer en Captain Marvel. Ce qui pouvait passer pour un pied de nez fait au concurrent direct devient progressivement une épine dans le pied. Avoir dans son écurie un personnage qui rappelle la maison d’en face n’est finalement pas un si bon calcul que ça. DC change progressivement le nom de son héros pour définitivement l’appeler Shazam. Cela se fait, entre autres, au travers d’une gamme de jouets, de la mini-série en 6 épisodes The Trials of Shazam!, entre 2006 et 2008, puis avec le reboot New 52 en 2011.

Depuis 1939, dans les coulisses des éditeurs de comics, Captain Marvel a été un enjeu économique majeur qui en laissa certains sur le carreau pendant que d’autres tentaient de trouver des solutions pour continuer à utiliser la marque. C’est avec cette autre lecture, moins glamour que les histoires issues des cases, que je vous invite à découvrir en salles les deux films sortant à si peu d’intervalle. Un hasard ? À vous de vous faire votre opinion après tout ce que vous connaissez maintenant de la licence.

Source : Wikipédia, www.marvelplanet.fr, dc.fandom.com, laboitedecomics.wordpress.com, marvel.fandom.com

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