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Alors, heureuse ?

28 Avr 2019 | Les miscellanées, Un peu de moi | 0 commentaires

Les raisons de pleurer sont nombreuses ces temps-ci. Une larme chasse l’autre. J’y pense et puis j’oublie. C’est la vie, c’est la vie. Et moi, et moi, et moi, je ne veux pas oublier. C’est pour cette raison que régulièrement, je couche mes peines sur un autre site, David Hey Ho. Comme une sorte de concours de larmes, de joie ou de tristesse. Parfois le vent s’engouffre dans un texte qui se veut drôle ou intelligent. La larme qui en résulte reflète la vacuité du souffle provoquant la réaction physique de l’oeil qui mouille de fatigue. Je pleure aussi parfois de ne pas être lu. Mon ego me noie. Ce qui n’assèche pas mon envie de mots. Mon esprit vagabonde. J’écris « mon envie de mots » mais j’entends « manger brie de Meaux ». L’estomac sourd aux misères du monde. Ventre affamé n’a pas d’oreilles comme en atteste le bon sens populaire. Alors j’écris. J’écris pour ne pas oublier. J’écris entre les repas. J’écris comme devant un frigo ouvert en prenant ce que me vient, en faisant confiance à d’improbables mélanges entre deux tranches de pain. Je me régale d’avance de ce qui me comblera. Chaque recette est différente, les ingrédients évoluent, la mayonnaise prend, l’appétit vient en écrivant. Mon moteur ainsi alimenté m’ouvre la route du temps. Je n’oublierai pas.

Jean-Pierre Marielle nous a quitté cette semaine. Une moustache que j’aurai pu ajouter dans mon article d’hier. Les artistes sont des inconnus qui nous accompagnent une partie de notre vie sans en avoir conscience. Ils endossent des vies, des histoires, qui souvent ne sont pas les leurs. On les aiment pour ça. Même si on ne les a pas vu depuis longtemps, la nouvelle de leur mort nous attriste. Et là, vous vous dites, le gars nous a convoqué sur son blog avec un titre promesse d’une bonne séance de poilade et depuis le début, il nous tartine sa tristesse à la tronche. Moi aussi je suis triste. De la situation de la France, de la misère qui nous entoure, de l’incendie de Notre Dame, de la mort de Dick Rivers, et de plein d’autres choses auxquelles je ne veux pas penser histoire de conserver le peu de dignité qu’il me reste. Vous avez raison. J’arrête. Pas l’article, hein, la déprime.

Jean-Pierre Marielle nous a quitté cette semaine et je cherchais une façon originale de lui rendre hommage sur Facebook. La première réplique qui m’est venue à l’esprit c’est « Alors, heureuse ? ». En cherchant confirmation sur Google, je me suis rendu compte que, peut-être, je m’étais trompé sur son origine. De là m’est venue l’envie de lancer une nouvelle série d’articles expliquant les célèbres répliques du cinéma. Je ne sais pas encore si l’idée est bonne. N’hésitez pas à me le dire en commentaires, ces fameux commentaires que très peu de visiteurs du blog utilisent à mon grand dam.

Je n’ai trouvé aucune référence, aucune vidéo, attestant avec assurance que Jean-Pierre Marielle a répliqué « Alors, heureuse ? » dans un film. Certains font référence au film de Joël Séria Les Galettes de Pont-Aven (1975), d’autres prétendent avoir entendu ces mots dans Comme la lune (1977) du même réalisateur. Petite anecdote, ce dernier devait s’appeler Le grand con mais les pudiques exploitants refusèrent d’afficher un gros mot aux frontons de leurs cinémas. Il proposa alors Con comme la lune qui fut également refusé. Compromis, chose due, le titre définitif et bien-pensant fut  Comme la lune.

Mais alors, d’où vient le fait que j’associe cette citation à Marielle. De deux choses l’une, ou j’ai meilleure mémoire que le net, ou je suis une bille en recherche Google. Ou alors jamais l’acteur n’a prononcé ces mots associés dans un film. Si cette dernière supposition est avérée, je crois en avoir trouvé la raison. A l’instar d’un Jean-Michel Larqué qui s’est toujours défendu d’avoir dit « Tout à fait, Thierry ! » qu’ont popularisé les Guignols de l’Info, c’est quelqu’un d’autre, un imitateur, qui a imprimé dans l’inconscient collectif l’idée que ces mots provenaient de la bouche même de Jean-Pierre Marielle. Pas con, hein ! D’autant moins con que j’ai la preuve en image. Oui, je suis un guedin, j’utilise con comme je veux, moi.

Donc, tout ça serait à cause de Michel Leeb. Comme on lui a déjà collé une étiquette de raciste à cause des accents africain et chinois dont il se moquait à une époque où cela ne gênait personne, un peu plus, un peu moins…

« Alors, heureuse ? », c’est surtout l’expression d’une beaufitude absolue, de celui qui est sûr de son charisme sexuel mais dont il a quand même besoin d’une preuve en questionnant la partenaire après l’acte. Dans les années 80, une série de pubs pour lutter contre l’abus d’alcool avait comme slogan « tu t’es vu quand t’as bu ? » Et l’une d’elle…

Et au cinéma, alors, est-ce qu’on l’a utilisée cette réplique ? Absolument. Et plutôt deux fois qu’une.

On entend Paul Meurisse l’utiliser dans Du mouron pour les petits oiseaux en 1962. Plus tard, en 1973, c’est Jean-Paul Belmondo qui s’y colle dans Le Magnifique, film de Philippe de Broca.

Et puis, il y a eu quelques films et bouquins qui en ont fait leur titre :

Alors… Heureux ? film de Claude Barrois avec une BO de Daniel Balavoine, s’il vous plait (1980)
Alors ? heureuse ?
livre de Peter van Straaten, Futuropolis (1992)
Alors, heureuse ?
livre de Jennifer Weiner, Pocket (2004)
Alors heureuse… croient-ils ! : La vie sexuelle des femmes normales livre d’Elisa Brune, Rocher (2008)
Alors heureuse ? documentaire d’Ultra Violet avec Cécile de France (2010)

Voilà ! Article terminé ! Alors, heureux ? 😉

© Dessin de Philippe Geluck

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