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Moustache, Histoire et challenge

27 Avr 2019 | Les miscellanées | 0 commentaires

Je me demande ce qui s’est passé dans la tête du premier homme qui s’est décidé à se laisser pousser quelques poils sous le nez pour voir ce que cela allait donner. D’autant que, si ça se trouve, les miroirs n’existaient pas encore à l’époque voire peut-être est-ce en se rasant le reste du visage que la moustache est née.

En fait, il n’y a jamais de premier homme, de génération spontanée. Il n’y a pas le précurseur et ceux qui subissent ensuite. C’est une vue de l’esprit. Tout est longue et lente évolution menant à un résultat. N’empêche, la première femme qui a vu le premier homme se promener nonchalamment près de la rivière, en se la pétant comme un Dieu, la moustache au vent, a dû bien se marrer.

Quand on a l’idée saugrenue de faire une recherche sur la moquette sous nez du côté de chez Wikipédia, on passe sans transition et dans le plus grand des calmes des Carolingiens à la Première Guerre mondiale. Autant dire que le sujet ne passionne pas l’internaute. Pourtant, je vous ai dégotté quelques anecdotes pas piquées des hannetons et, surtout, lisez bien l’article jusqu’à son terme, j’aurai besoin de vous pour lancer un nouveau challenge de mon cru.

Proverbes poilus

Dans Une famille d’Europe : Récit historique de Jean-Robert Pitte, un proverbe qu’utilisaient les allemandes au dix-neuvième siècle disait « Ein Kuss ohne Schnurrbart ist wie Suppe ohne Salz », en français, « un baiser sans moustache est comme une soupe sans sel ».

Découvrons quelques autres proverbes et citations du même poil :

Un baiser sans moustache est comme un beefsteak sans moutarde. (Proverbe italien)
L’amour sans jalousie est comme un Polonais sans moustache. (Proverbe polonais)
Tous les mots sont fins quand la moustache est fine. (Edmond Rostand dans Cyrano de Bergerac)
Un homme sans moustaches, c’est comme une femme avec une moustache. (Anton Tchekhov dans Calepin)

L’effet Brigade du Tigre

Connaissez-vous les hirondelles, ces agents qui patrouillaient respectivement en couple et en bicyclette ? « Elles » ont commencé à déambuler dans les rues parisiennes dès 1901 grâce à l’initiative du préfet de police de l’époque, un certain Louis Lépine, celui-là même à qui on doit le concours du même nom. Leur silhouette capée noire rappelle en effet les oiseaux qui ne font pas le printemps mais leur nom est dû à la marque de leur vélo « Hirondelle » fabriqué par la célèbre manufacture de St Étienne, Manufrance. Avec trois brigades par arrondissement, la ville comptait 2819 policiers sur petite reine en 1950. Leur but était de rassurer les habitants par leur présence, des vigies sur roues en quelque sorte. La moto remplaça le vélo, les hirondelles disparurent en 1984. Pendant longtemps, quand le cinéma ou la télé nous les montrait, on les affublait quasi systématiquement d’une belle moustache. La raison est historique.

En 1832, la moustache devient obligatoire pour tous les militaires, gendarmes compris. A l’époque, on ne s’écriait pas encore « 22, v’là les keufs ! » mais « attention, v’là les moustaches ! ». En 1936, petit rétropédalage, seuls les hauts gradés de l’Armée sont autorisés à la porter. Une décision qui provoque colère et indignation. Cinq ans plus tard, sous le ministère du maréchal Soult, les gendarmes recouvreront leur droit – et l’obligation à nouveau – de porter la moustache, ceci jusqu’en 1933. En tout, ce sont pas moins d’une quinzaine de circulaires ministérielles qui ont réglementé la moustache du gendarme. C’est dire si le sujet accaparait le législateur. Depuis, l’inconscient collectif continue d’associer le poil sous tarin au corps militaire. Souvenez-vous du Marcel Patulacci des Inconnus « brigadier-chef et agent de la paix avant tout ». Mais l’exemple télévisuel le plus connu, c’est la série Les Brigades du Tigre qui raconte la création et la vie de la première brigade de police motorisée de l’Histoire instaurée en 1907 par Georges Clemenceau, le ministre de l’Intérieur de l’époque qu’on surnommait « le Tigre », un animal à qui on n’a pas envie de titiller les moustaches.

La moustache la plus célèbre des jeux vidéos

On ne présente plus Mario, le célèbre plombier apparu pour la première fois en 1981 dans le jeu électronique Donkey Kong. Petit aparté, vous savez pourquoi le singe s’appelle ainsi ? C’est rigolo, vous allez voir. Shigeru Miyamoto, le concepteur du jeu, n’était pas un bilingue absolu. Il voulait nommer son gorille en référence au plus grand d’entre eux, King Kong. Il enlève le « roi » pour le remplacer par une caractéristique du lanceur de tonneau. Il sera « donkey » ce qu’il traduit par « têtu ». Donkey Kong, singe têtu. Hormis le fait que « singe » se traduit par « monkey », « donkey » signifie « âne ». Bon, on est dans la nuance, n’empêche que quand le gars a présenté le jeu aux dirigeants de Nintendo of America, ils se sont bien marrés. Mais finalement, le nom est resté.

Revenons au plombier éviteur de tonneaux et sauveur de princesse. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi Mario portait la moustache ? Pour accentuer sa nationalité italienne ? Pour lui donner un genre ? Pour qu’il soit reconnaissable ? La vérité est plus pragmatique et, pour tout dire, technique. A l’époque, la résolution des jeux est très limitée et, aussi étonnant que cela puisse paraitre de nos jours, il était difficile de dessiner une bouche. Trop fine, on ne la reconnaissait pas, trop grosse, ça ne ressemblerait plus à rien. La solution fut aussi lumineuse que pileuse. Mario arborera une belle bacchante pour éviter de lui dessiner une bouche.

La moustache de nos jours

Le retour de la moustache depuis quelques années, et du poil sur visage de façon générale, est dû aux hipsters. Un mouvement qu’il me plairait de disséquer dans un prochain article, donc, je ne m’étendrai pas sur le sujet. On peut également parler de la très bonne initiative intitulée « Movember », « Mo » pour « moustache » et « vember » pour novembre. L’idée est de se laisser pousser du poil sous le nez pendant tout l’avant-dernier mois de l’année pour sensibiliser l’opinion au cancer de la prostate. Alors oui, c’est vrai qu’on n’est pas dans le même hémisphère corporel mais se laisser pousser les poils du sif est quand même moins visible vous l’admettrez.

Les différents types de moustache

Malraux écrivait que “La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts.” La vraie question est de savoir quel type de moustache dessiner à Mona Lisa lors de votre prochaine visite au Louvre. Oui, je sais, la transition est tirée par la moustache mais on arrive sur la deuxième partie de l’article et je voulais absolument placer la citation. On fait ce qu’on peut.

Voici donc la liste tant attendue des moustaches les plus courantes que j’ai piqué au championnat du monde de barbes et moustaches :

Moustache en chevron : raide, assez épaisse et large pour mordre légèrement la ligne de la lèvre supérieure. La fameuse moustache de Magnum (Tom Selleck) ou encore de Freddie Mercury.

Moustache en croc : fine dont les pointes recourbées remontent brusquement comme celle du peintre Salvator Dali ou d’Hercule Poirot (David Suchet)

Moustache à l’anglaise : fine, longue et droite, divisée en deux, les pointes montantes légèrement bouclées vers le haut. Souvenez-vous du Cerveau dans le film du même nom (David Niven)

Moustache à la française : comme la précédente mais avec les pointes montantes plus arrondies

Moustache en trait de crayon : courte et étroite, coupée, qui suit la ligne de la lèvre supérieure. La moustache de Zorro (Guy Williams) ou de Clark Gable

Moustache Fu Manchu : très longue, les poils au-dessus des coins de la bouche laissés poussé pour retomber autour de la mâchoire et dépasser les contours du visage très (trop) utilisée pour stéréotypées les méchants chinois dans le cinéma d’antan comme dans le film « Flash Gordon ». C’est aussi la moustache de Sam le pirate

Moustache en fer à cheval : pleine qui se prolonge tout autour de la bouche. Une « Fu Manchu » mais plus épaisse et non rasée au niveau de la mâchoire. Le seul représentant qui me vient à l’esprit, c’est le lutteur/acteur Hulk Logan

Moustache en guidon : fournie au milieu et effilée sur les extrémités, elle remonte légèrement de part et d’autre de la bouche. Par exemple Bourvil dans l’excellent film sur une course de vélo justement « Les Cracks »

Moustache à l’impériale : épaisse, s’étendant de la lèvre supérieure vers les joues où elle rebique vers le haut. En vogue sous l’empereur Napoléon III

Moustache à la mexicaine : broussailleuse, elle dépasse la commissure des lèvres pour qu’elle encadre la bouche comme celle de Pancho Villa

Moustache à la hongroise : épaisse et broussailleuse, elle tombe au-dessus de la bouche et ses pattes remontent jusqu’aux tempes

Moustache à la gauloise (ou moustache morse) : épaisse et broussailleuse, elle tombe au-dessus de la bouche mais ses pattes retombent. La moustache d’Astérix, quoi !

Qui relèvera le défi ?

J’ai gardé un type de moustache pour la fin. Pour tout vous avouer, je n’ai écrit cet article que pour cette dernière partie. Parlons un peu de la Moustache en brosse à dent. Épaisse et carrée, elle a très populaire au début du vingtième siècle en Europe. Son raccourcissement « moderne » change complètement des épaisses bacchantes de l’Allemagne de Guillaume II. Hans Koeppen, fringant soldat allemand et pilote automobile, arborait cette moustache « caractéristique de sa classe » selon le New York Times.

Elle orne les dessous de nez de grandes stars du grand écran qui fait rire comme Charlie Chaplin et Oliver Hardy, le compère de Stan Laurel. En 1925, le jeune Walt Disney s’approprie la moquette carrée sous nez pour paraître plus vieux en réunions d’affaires.

Et vint le drame. L’arrivée du petit peintre à la tête de l’Allemagne. Celle qu’on appelait affectueusement Chaplinbart, celle qui nous faisait marrer, se retrouve associée à la deuxième guerre mondiale, aux camps de concentration, à la barbarie humaine. On prête au petit brun gammé cette phrase suite à la remarque d’Ernst Hanfstaengl, soutien financier d’Hitler, qui l’exhortait d’abandonner cette « horrible » moustache : « si elle n’est pas à la mode aujourd’hui, elle le sera plus tard, parce que je la porte ». Un melon avec une petite moustache, quoi !

Le nazisme a tué la moustache en brosse à dent. Une mort, certes, anecdotique en comparaison des vraies morts, l’équivalent de la population de la France d’aujourd’hui disparue à jamais. Mais le symbole, merde, quoi !

En 2010, Michael Jordan a tenté de la réhabiliter mais, après avoir été surnommé « Herr Jordan », il a abandonné l’affaire à grand coup de rasoir.

En 2013, preuve que la chose est sensible, une théière qui ressemblait trop à Hitler avec une anse en mèche, un bec verseur en main tendue et une petite poignée en moustache – faut quand même avoir l’imagination bien perchée – a déclenché la polémique.

Il y a quelques années encore, Robert Mugabe, président du Zimbabwé, faisait fi des remarques et autres moqueries en continuant de porter le ticket de métro nasal. Pas de bol, c’était un dictateur.

N’empêche qu’on ne m’enlèvera pas de l’esprit que cette drôle de mode, cette pilosité rigolote a perdu une spiritualité qu’elle aurait dû conserver. Il est un combat que peut-être – si vous m’abandonnez – je mènerai seul. Il est futile, frivole, badin. Qu’importe, appelez-moi David Badin si vous voulez mais pour le sport, le fun, et un profond mépris du politiquement correct, je lance le #challengemoustache avec un slogan : « Faisons que l’humour soit plus fort que l’horreur ». Prenez un selfie moustache, remplacez ma photo par la votre sur l’un des deux bandeaux ci-dessous avant de le partager sur vos réseaux sociaux. La gente féminine pourra utiliser un morceau de papier noirci ou un bout de peigne noir.

Le blog n’est pas très lu, ma sphère d’influence est réduite pour ne pas dire quasi inexistante, je vais assurément être ridicule si je suis seul, qu’importe. Le challenge est lancé ! Et, accessoirement, c’est la première fois que vous me voyez en photo, pas à mon avantage; on est d’accord. On n’a qu’une vie. Ne la prenons pas au sérieux.

Source : Wikipédia, evene.lefigaro.fr, www.pariszigzag.fr, www.artdubarbier.com, hitek.fr, slate.fr, bigbrowser.blog.lemonde.fr

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