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Les Amérindiens dans notre quotidien (part 3)

13 Oct 2019 | Les miscellanées | 0 commentaires

Avant d'entamer ce troisième article de la série consacrée aux amérindiens (si vous n'avez pas lu les deux premiers : part 1 | part 2), j'aimerais clôturer le sujet de la controverse de Valladolid de la plus belle des façons, avec un sourire et la version toute personnelle des chaussettes signée Yacine Belhousse et Dedo.

Je ne sais pas vous mais moi j'adore !

Bon alors, après avoir abordé la notion de racisme envers les amérindiens et la découverte de l'Amérique (en passant par les grecs et Jules César), j'aimerais que nous nous intéressions à l'origine du peuple natif. Je vais essentiellement me focaliser sur les indiens d'Amérique du Nord. D'ailleurs, concernant la terminologie - soyons précis ! - il faut parler des Premières Nations pour désigner les peuples autochtones canadiens, une appellation ne comprenant ni les Inuits ni les Métis. Attention, quand je parle de Métis je ne fais pas référence à l'état d'un individu issu d'un couple mixte mais bien d'un peuple du Canada descendant à la fois des Européens et des Amérindiens, un peuple qui dispose encore aujourd'hui d'un gouvernement et jouit des mêmes droits particuliers que les autres autochtones. Du côté des États-Unis, on parlera plutôt de Native Americans. Ceci étant dit, on n'emploiera ni l'un ni l'autre pendant tout le reste de l'article. C'était juste pour dire.

L'origine des Amérindiens

L'Histoire est facétieuse. Alors que Christophe Colomb (voir précédent article) souhaitait poser le pied en Asie après avoir emprunté une nouvelle voie maritime via l'Océan Atlantique, il se retrouve face à des indigènes dont l'origine la plus probable est asiatique. En effet, il y a environ 15.000 ans, grâce à la baisse du niveau de la mer, les continents asiatiques et américains étaient reliés. Ce pont terrestre reliant la Sibérie à l'Alaska s'appelle la Béringie.

D'autres ponts terrestres apparurent lors de la baisse du niveau de la mer. L'Australie, la Tasmanie, la Nouvelle-Guinée et l'île de Timor formaient alors un seul continent appelé Sahul. Chose incroyable quand on connait les tensions actuelles entre les deux pays, le Japon avait à la même époque une continuité terrestre avec la Corée.

Pour revenir aux Amérindiens, des groupes d'individus auraient profité du "pont" pour migrer vers de nouvelles contrées, passant à sec par l'endroit qu'on connaît aujourd'hui sous le nom de détroit de Béring qui a postériori a donné le nom de Béringie. À savoir que l'abondance de la faune de ce nouvel eldorado aurait ensuite continué d'attirer d'autres migrations de chasseurs jusqu'à ce que la mer remonte.

Connaissez-vous Clovis ?

La question qui arrive comme un poil de cul sur le ramen. Après Jules César dans la deuxième partie, faite place au roi des Francs. Ce qui ne signifie pas que le gars était milliardaire à l'époque où l'Euro n'était qu'une idée. Les Francs, ce sont, à l'origine, un peuple germanique qui donna son nom à notre beau pays. Et Clovis fut leur roi de 481 à 511. Ce que l'Histoire retiendra de lui, c'est la fameuse "péripétie" du vase de Soissons chères aux manuels scolaires de la troisième république. Ça vous dit quelque chose ? Dans le doute, je m'en vais vous narrer l'anecdote à l'historicité légendaire.

Mon gars Clovis se plie volontiers à la coutume qui veut qu'après une bataille gagnée, tout le butin soit partagé entre les guerriers et cézigue. Mais c'est aussi un bon poto. Alors qu'en l’archevêque de Reims lui fait les yeux tout gros tout mimi du chat potté en lui chantant "Je suis sans famille et je m'appelle Remi..." pour récupérer le vase de Soissons que lui avait gaulé le vilain Syagrius, le petit cœur royal bat la chamade. Le roi accepte la requête. D'autant qu'il a vraiment un nom de méchant, ce vil romain. Je passe sur la bastion. Arrive le moment du partage. Une pièce pour toi, une pièce pour toi, une pièce pour moi, une pièce pour toi... Enfin, vous avez compris le bail. Les soldats vont alors être étonnés d'une sollicitation peu habituelle pour celui qui d'ordinaire tient de Salomon dans la rigueur distributive. Très valeureux guerriers, pourrais-je me permettre s'il vous plait avec tout l'amour que j'ai pour vous de vous spolier très légèrement d'un vase en sus de ma part, merci, au revoir, la bise à vos daronnes ? Ce à quoi les gars répondent en chœur "Mais tout ce qu'il y a de plus volontiers, mon poussin. Tout ce que nous voyons ici est à toi, Clovissounet chéri. Nous sommes nous-mêmes soumis à ton autorité même si, bon, les trucs sexuels forcés c'est pas trop notre amphore et c'est pas parce que le #metoo arrivera pas avant bien longtemps qu'il faut nous la faire à l'envers, enfin, je me comprends. Pour le reste, agis comme il te plaira. Personne ne peut te résister. Et sache que cette dernière phrase n'est absolument pas une avance, voir la précédente réticence." Et v'là-t-y pas qu'un butor se la joue perso, se permet de l'ouvrir pour moucher sa majesté. Pas corporate, le charo. Et que y a pas de privilèges pour les souverains oppresseurs des classes sociales défavorisées qui comptent, et que je vais te foutre une révolution d'octobre dans le fondement si tu continues comme ça, et que je te tutoie si je veux, etc. Vénère, le gars. Dans le feu de son courroux, il lève une main armée et laisse tomber sa hache sur l'objet de son ressentiment amochant le vase. C'est ballot, la colle Ni clou Ni vis n'a pas encore été inventée. D'ailleurs, c'est marrant parce que si t'enlèves les ni et le u, ça fait... Clovis sait se tenir en société. Par exemple, quand une flatulence lui gazouille le ventrou en cherchant un raccourci que jamais elle ne trouvera, il verrouille les ballasts en attendant d'être seul sur le trône pour laisser souffler le petit vent fétide. C'est qu'il vient d'en prendre un sévère de vent. M'en fous, j'y foutrai pas mon poing dans la gueule. Il attend que ça, le soudard. Je vais juste prendre le vase ébréché sous le bras et sortir sans me retourner, tel un prince alors que je suis un roi, pour aller le porter à mon gars sûr Rémi et même pas je vais pleurer. L'histoire aurait pu en rester là. Un an plus tard, lors d'une revue de son armée sur le Champs de Mars, dans la rangée, il repère aussi sec l'autre enculé de sa race. Ça fait un an que madame Clovis se plaint de l'inactivité nuptiale de son mari tant il rumine jour et nuit de l'affront qu'il a reçu. Ça fait des mois qu'il ressasse son manque de répartie. Dix minutes après, il lui aurait dit plein de trucs. mais c'était pas venu sur le coup. Il s'approche du guerrier. Remarquant ses armes mal entretenues, sa jubilation croît. Au-delà de la demie-molle. Du calibre de compète. Bon, si ça se trouve c'est dans sa tête et la batterie guerrière de l'autre est nickel, l'Histoire ne nous le dit pas. Toujours est-il qu'il sent que son moment est venu. Il jette alors à terre la hache du soldat, la fameuse. Dans l'euphorie du moment, pendant que le Franc franc se baisse pour la ramasser, le roi sort la sienne, pas pour savoir qui a la plus grosse mais pour l'abattre sur la cafetière de l'autre grande gueule. Tellement il est vexé comme un pou, il meurt. C'est pas possible d'être à ce point susceptible ! Cette fois, Clovis l'a eu la bonne répartie. Souviens-toi du vase de Soissons ! qu'il lui a dit en le hachant menu. Comme cette phrase restera dans l'histoire, on oublie notre petite brouille, soldat ? Silence. Les collègues du malheureux regardent tous en l'air, dandinant les mains dans le dos, faisant semblant de siffloter ce qui leur vient en tête. Les unes de la Perfide Albion titreront "Encore un coup des francisques". Sacrés Rosbifs, z'en ratent pas une !

Mais quel rapport avec les Amérindiens ?

J'y viens, j'y viens. Environ 2000 ans après l'arrivée de nouveaux habitants sur le territoire américain nait une nouvelle culture. On en trouve trace pour la première fois lors de fouilles au Nouveau-Mexique dans les année 1920. Cet article étant une véritable machine à voyager dans le temps, revenons au début du siècle, précisément en 1906. Riley's Switch est la nouvelle halte d'une ligne de chemin de fer de la Atchison, Topeka and Santa Fe Railway. Cette compagnie ferroviaire créée en 1859 se la pète en portant en partie nom de la capitale du Nouveau-Mexique alors que sa ligne principale n'y passe pas, la cause à des difficultés du terrain. De la publicité mensongère, moi je dis ! Comme tous les arrêts, Riley's Switch est amené à passer de l'état de gare à celui de ville. Alors quand le chef de gare se donne comme mission de trouver un nom à la future localité, il puise son inspiration dans les livres de sa fille qui, à ce moment là, étudie le roi des Francs. Ainsi nait Clovis au Nouveau-Mexique.

Revenons dans les années 20 où Ridgely Whiteman découvre le site de Blackwater Locality no. 1, près de la ville de Clovis. Il entreprend des fouilles mettant à jour des pointes de flèche admirablement taillée. Ainsi est découverte la culture Clovis et sa technique de fabrication de silex cannelés, dont on trouvera par la suite des exemples dans tout le continent, y compris en Mésoamérique, une zone géographique s'étendant du Mexique au Costa Rica.

La culture Clovis - on dit aussi culture Llano - se caractérise par la fabrication des pointes de flèches bifaces du même nom et d'outils spécifiques en os et en ivoire.

Et c'est tout ?

Ben non, pas vraiment. Pendant longtemps, la culture Clovis, c'est vrai, a constitué une origine au-delà de laquelle on ne trouvait pas ombre d'activités humaines. Cependant, vers la fin du vingtième siècle, de nouvelles découvertes ont quelque peu ébranlé nos connaissances en la matière.

En Virginie, sur le site de Cactus Hill, des archéologues ont découvert plusieurs lames de pierre, des pointes de projectile et un grattoir fabriqués en quartz remontant au moins à 18000 ans avant la naissance du divin enfant. Près de Pittsburgh, en Pennsylvanie, les artefacts de Meadowcroft Rockshelter indiquèrent une présence humaine autour de 20000 avant notre ère. Dans la vallée du Yukon, le site de Old Crow livra des os travaillés par l'homme entre 29100 et 25750 avant JC. Certains auteurs retrodate même le premier peuplement américain à plus de 50000 ans, en s'appuyant toutefois sur des données très critiquées au sein de la communauté scientifique. 

Toutes ces dates font apparaître des populations différentes, d'origine hétérogène, que l'on va distinguer par des appellations différentes. Les Paléoaméricains aurait peuplé les Amériques pendant la dernière période glaciaire (il y a entre 110 000 ans et 10 000 ans). Les plus vieux, les originels, qu'il ne faut donc pas confondre avec les Paléoindiens qui eux seraient les ancêtres des actuels Amérindiens. Les premiers auraient été de type australoïde, venant d'Océanie, tandis que les seconds étaient d'origine nord-asiatique, les fameux détenteurs de la culture Clovis.

Bien que l'exactitude de l'origine de la première peuplade de l'Amérique ne soit actuellement pas définitive, on peut toutefois, grâce aux bactéries, affirmer que l'isolement du Nouveau Monde fut bien réel, que le continent ne connut pas de vagues régulières de nouvelles arrivées. Preuve en est l'arrivée des Européens à partir de 1492 qui déclencha une contamination des autochtones dans des proportions pandémiques, ces derniers manquant de défenses immunitaires contre les maladies courantes du Vieux Monde telles que la variole, la coqueluche ou la rougeole.

Et la série continue

Je vous dois un aveu. Quand j'ai eu l'envie d'écrire sur les amérindiens et sur leur rapport avec notre quotidien, j'avais en tête une idée que je n'ai pour le moment pas encore développée. Ne vous inquiétez pas, elle ne va pas tarder. Je suis parti du principe qu'il me fallait trois articles pour développer la chose. Le premier introduisant le sujet, le deuxième me permettant de vous offrir l'article alibi et le troisième me servant de conclusion. Il s'avère que j'ai été happé par la richesse du thème à telle enseigne qu'à ce jour - mais ça peut encore changer - je n'ai pas moins de 7 articles de prévu en tout. Et c'est peu de dire que je me régale à découvrir de nouveaux biais afin d'aborder le sujet. Cependant, le quotidien, on ne le voit pas beaucoup aujourd'hui, par exemple. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop pour ça. Promis, il sera plus présent dans les articles à venir.

Par ailleurs, je me suis beaucoup amusé dans l'exercice du vase de Soissons en prenant une base historique pour la triturer de manière à la rendre plus barrée, plus drôle, plus décalée. Si vous avez aimé ce passage, n'hésitez pas à me le dire en commentaire ci-dessous ou sur les réseaux sociaux et je me ferai un plaisir de renouveler l'expérience.

Sources : Wikipédia, www.sciencesetavenir.fr, www.clio.fr

 

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