Menu

Les clowns de mon enfance – Partie 3

12 Mai 2019 | Les miscellanées, Un peu de moi | 0 commentaires

Notre personnalité, nos envies, nos passions et nos peurs sont la somme de nos émotions d’enfance. J’en suis intimement persuadé. Moutard, j’adorais les clowns. Ni peur, ni coulrophobie, juste des paillettes plein les yeux et un sourire collé aux lèvres. Dans la télé noir et blanc de mon enfance, une émission a marqué toute une génération, La Piste aux étoiles. Elle passait le mercredi soir sur la première chaîne de l’ORTF. À l’époque, le jour de la semaine où nous n’allions pas à l’école, c’était le jeudi. Du moins, jusqu’en 1972, l’année du glissement vers le mercredi. Un Monsieur Loyal, Roger Lanzac, sorte de Patrick Sébastien en plus classe, présentait des numéros de cirque. Replongeons-nous en 1965 – bon, là, je n’étais pas encore né – le 8 décembre précisément et découvrons ensemble une émission complète avec ce générique devenu mythique, grâce à L’INA.

Dans la première partie des articles consacrés aux clowns, j’explorai les origines du clown pour arriver à la peur que nous connaissons aujourd’hui. Dans la deuxième partie, je prouvais par l’exemple que cette peur, la coulrophobie, était très présente de nos jours, surtout au cinéma. Avant de vous parler des clowns de mon enfance, j’aimerai combler un oubli. Je n’ai jusqu’à présent présenté le clown que par le prisme du cirque. Rien de plus logique. Pourtant, il faut savoir que le clown est aussi un personnage traditionnel du théâtre élisabéthain. On remonte là au quinzième siècle tout de même. Il est gaffeur et ridicule, mais peut faire preuve de bon sens, parfois même de cynisme à l’instar du bouffon de l’époque, celui du roi. Il remplace le personnage d’Old Vice (ou Old Voice), le joyeux et infatigable partenaire de maître Devil, autrement dit le Diable.

Plus près de nous, on peut considérer qu’un Coluche et qu’un Raymond Devos sont des clowns modernes se maquillant, se déguisant, jouant de la musique sur scène avec un état d’esprit et une attitude typique du clown. On se souvient de Coluche jouant du violon avec des gants de boxe, numéro qu’on imagine assez bien d’un clown classique de cirque. Ce dernier, par ailleurs, dans L’Aile ou la cuisse, joue le rôle d’un amuseur des pistes amateur. Souvenez-vous de la fameuse scène de l’éléphant barbier et du seau d’eau à la figure de Louis de Funès.

Dans la liste qui suit, on retrouvera au moins un clown de scène. Parce que oui, mesdames et messieurs, et vous les petits enfants, il est grand temps d’honorer un titre qui depuis deux parties ne tient que modérément ses promesses et de vous présenter… roulement de tambour… Les clowns de mon enfance.

Kiri le clown

Pour beaucoup d’entre vous, Kiri, c’est le fromage des gastronomes en culottes courtes. Pour moi, c’est une série d’animation de mon enfance mettant en scène un clown et toute sa troupe. C’est à partir d’octobre 1966 que les minots de l’époque suivent les 65 épisodes de ce qui n’est pas encore un dessin animé comme dans son reboot de 2005 mais de l’animation de marionnettes image par image, un art sublimé par le grand Ray Harryhausen notamment quelques années plus tôt avec Jason et les Argonautes. Il fallait 6 jours pour un épisode de 4 minutes. La tête de Kiri était constituée d’une boule de balsa blanche dans laquelle étaient piqués deux punaises bleues pour les yeux. Sa bouche était composée d’un morceau de ruban adhésif, ses cheveux étaient en laine. Avec des matériaux simples, on procurait du rêve aux enfants.

Les Bario

On ne va pas se mentir, eux, ce sont mes préférés. Sans doute parce que j’ai eu l’occasion de les voir sur scène, à Cambrai, lors du Noël organisé par l’entreprise dans laquelle travaillait ma mère. Je ne sais pas si cela se fait encore de nos jours mais à l’époque, il n’était pas rare que les grands patrons organisent pour leurs employés et leurs enfants, un Sapin de Noël. Ils louaient une grande salle. Pour le cas présent, il s’agissait du palais des grottes, la plus grande salle de concert du coin. Ils faisaient venir des artistes et, après le spectacle, c’était distribution de friandises et de jouets.

C’était incroyable pour l’enfant que j’étais d’avoir à quelques mètre de moi des clowns que je voyais à la télé, qui passait dans la fameuse Piste aux étoiles dont je vous parlais plus tôt. Un souvenir incroyable.

La particularité des Bario était double. Non seulement ils ne constituaient pas le classique duo du clown blanc et de l’auguste puisqu’ils étaient trois mais, surtout, le rôle proche du clown blanc, sans le fard opalin, était tenu par une femme.

Un peu d’histoire. Le trio débute sa carrière fin des années 50. Il prend la suite des Dario-Bario et des Bario Juniors. Il faut savoir que nous avons affaire à une dynastie de clowns qui sévissent sur les pistes depuis le début du vingtième siècle. Au cours de la tournée 1958 du Cirque Knie en Suisse, Papa Bario tomba gravement malade. Les Bario Juniors pour respecter leurs engagements décident de former un trio avec Henny en robe du soir, Nello dans son rôle habituel de clown bégayeur, et Freddy remplaçant son père en auguste. Henny est l’épouse de Freddy. Elle est tout à la fois magicienne, claquettiste et reine des marteaux musicaux. Petit extrait vidéo de leur grand talent. J’ai encore ri en la regardant. J’espère que vous aussi.

Bozo le clown

J’adore faire des recherches pour l’écriture des articles du blog. Surtout et aussi parce que j’apprends plein d’infos que je ne soupçonnais pas. Pour moi, Bozo, c’est le héros d’un de dessins animés de mon enfance, un souvenir éthéré, lointain. Le nom m’est resté mais je suis bien incapable de vous raconter une histoire le concernant. Après quelques clics sur Google, je me rends compte que non seulement le personnage est tiré d’une série de livres-disque créé par Alan W. Livingston en 1946, mais que Bozo deviendra une franchise très répandu aux États-Unis dès 1956, les télévisions locales créant leur propre spectacle avec leur propre Bozo. Le dessin animé viendra plus tard, entre 1958 et 1962.

Je vous propose cette fois deux épisodes, le premier dans lequel on entend le générique chanté en français (souvenir, souvenir) et un deuxième avec une meilleure qualité de son.

Achille Zavatta

Revenons en France avec, sans doute, le clown le plus connu de l’Hexagone. Comme les Bario, la famille d’Achille est italienne, une grande famille de forains et de cirque. Il débute sa carrière à 3 ans. Précoce le bougre. Il faut dire que quand on nait dans un cirque, on commence tôt à tâter de la piste. Nous sommes en 1918. Il crée avec sa sœur et l’un de ses frères un numéro de jockeys, le Trio Zavatta. A partir de 1936, il endosse le costume de l’auguste : nez rouge, chapeau et fleurs à eau. On le verra régulièrement à La Piste aux étoiles ce qui accroitra sa notoriété auprès du grand public. En 1978, il crée son propre cirque que vous connaissez tous j’en suis sûr, le Cirque Zavatta.

Je vous invite à visionner ce reportage très intéressant sur la vision du rire de Bergson à Zavatta.

Sol

J’ai un souvenir très lointain de ce clown de scène. Un clown de mot à la Devos plutôt qu’un clown de geste, de mime ou de situation. Le personnage de Sol est tout droit être sorti d’un tableau de Buffet. Pas un clown triste mais un clown clochard. Loin des paillettes et des poursuites du cirques, le québecois Marc Favreau incarne un personnage pas seulement drôle, lui apportant une touche naïve et poétique.

Il fera partie de plusieurs duos de clowns, Bim et Sol, Sol et Bouton, Sol et Biscuit, Sol et Gobelet, avant de trimballer son personnage seule en scène dans toute la francophonie.

Annie Fratellini et Pierre Étaix

Revenons une dernière fois en France avec un duo classique auguste et clown blanc. Pas si classique que ça puisque l’auguste est une femme. Duo sur piste et couple à la ville, leur nom, vous le connaissez, pas forcément associé au monde des clowns. On doit à Annie Fratellini la création, en 1974, de l’École nationale du Cirque. Quant à Pierre Etaix, il fut d’abord assistant de Jacques Tati sur Mon oncle avant de devenir un grand cinéaste.

A quelques oublis près, je pense avoir fait le tour des clowns de mon enfance. Les héros de fiction sont immortels mais les clowns de mon enfance, les vrais, ceux qui respiraient la joie des enfants et le bonheur du cirque sont hélas tous passés de l’autre côté de la piste du monde. Il n’y aura plus d’artistes comme eux. Notre époque est sans doute devenue trop cynique pour l’accepter. Permettez-moi de me retirer en silence pour aller nostalgiser à grosses larmes. Au revoir les petits nenfants, Ah la la la la la la !

Source : Wikipédia, www.medecine-des-arts.com, INA, http://www.circopedia.org

Aidez le blog grâce au
Utip de Mission Japon

Pour ne rater aucun article, abonnez-vous à la newsletter !