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J'ai testé Titans sur Netflix

14 Jan 2019 | J'ai testé pour vous, Les séries TV | 0 commentaires

Hier, je vous expliquais pourquoi ma préférence a toujours penché du côté de chez Marvel. Aujourd'hui, je vais vous dévoiler pourquoi Titans, la nouvelle série consacrée à l'univers DC disponible sur Netflix depuis vendredi, pourrait bien foutre le bordel dans mes certitudes.

Plantons le décor

Au départ étaient les comics de super-héros. Plein de couleurs pétantes, de muscles saillants, de pouvoirs extraordinaires, de costumes près du corps. Je passe volontaiement l'étape du surhomme selon Nietzsche, Ainsi Parlait Zarathoustra, tout ça, pour commencer par les cases et les phylactères, je préfère.

Puis vinrent les cartoons. Très tôt, dès 1941 pour Superman. Le cinéma arrive juste après en s'emparant en 1943 de Batman pour un serial en 15 épisodes dont je vous parlerai dans un prochain article. Si je veux être précis dans la chronologie des déclinaisons médias s'emparant du phénomène des super-héros, je dois parler de la radio qui, en 1940, propose des feuilletons sur Superman et sur Batman et de littérature puisqu'un roman, The Adventures of Superman, écrit par George Lowther sort en 1942 aux États-Unis. Et je glisse volontiers sur cette comédie musicale montée à Broadway en 1966 reprenant pour titre le gimmick qui colle à la peau, autant que son costume, au kryptonien, It's a Bird, it's a Plane, it's Superman.

Ellipsons gaiement pour en venir au sujet qui nous intéresse présentement, les super-héros sur petit écran. La plus ancienne série que je connaisse, c'est celle de Batman, dans les années 60. 3 saisons, 120 épisodes, de 1966 à 1968. Que dire. Le sujet est abordé avec légèreté, les effets spéciaux sont expressément fake et les acteurs joue sérieusement des dialogues débiles. Passons.

Bond d'une bonne dizaine d'années pour suivre, cette fois, les aventures de Hulk. 4 saisons, 79 épisodes, de 1977 à 1982. Le schéma des épisodes ressemblent à celui d'une autre série, Le Fugitif. À chaque épisode David Banner (pourquoi pas Bruce, mystère) arrive dans une ville, des ennuis lui tombent sur le paletot et le géant vert résout la problématique. Une Agence tous risques à lui tout seul. Sa chemise explose en pleine transformation pendant que son pantalon tient le coup, pudeur oblige. Étant poursuivi par un journaliste, son double ayant été repéré, Banner s'en repart, triste musique au piano, générique de fin. Aucune référence est faite à d'autres super-héros sur l'ensemble de la série. Il faudra attendre trois téléfilms faisant suite à al série, diffusés fin des années 80, pour voir apparaître dans l'un un Thor version viking, dans un autre Wilson Fisk et Dardevil. Bref, on achète une licence pour attirer les fans mais le traitement reste classique, aseptisé, vidé de la substance qui nous a fait aimer les comics.

Pour éviter de référencer toutes les séries qui viendront ensuite, je sors mon costume de super-bourrin pour schématiser la suite comme un sagouin.

Deux façons de traiter les super-héros "pour de vrai"

Comment retranscrire le monde superheroïque sur petit ou grand écran ? Je parle de films ou de séries avec de vrais acteurs. J'ai dénombré à la hache deux écoles. La première, sans doute suivie par des fans de la première heure, consiste à ne pas dénaturer le héros et à respecter son univers en restant le plus fidèle possible aux comics. Pas facile pour conserver un rendu crédible. Le dessin permet une surenchère physique, une débauche de couleurs, un premier degré assumé. L'absence de réalisme n'est pas un souci. Nous ne comparerons jamais un monde d'encre avec notre réalité. Ce n'est pas le but. C'est même tout le contraire. L'imagination n'ayant aucune limite, ni physique ni budgétaire, tous les coups sont permis. Postulat inaliénable, contrat tacite avec les lecteurs. La retranscription fidèle se devra toutefois d'éviter les écueils du ridicule et du mauvais goût. Pour cette raison, c'est une voie très peu empruntée. Le meilleur exemple, à mon sens, est Deadpool. Peut-être est-ce dû au fait qu'il se sait être un personnage de papier. Le fameux quatrième mur.

La deuxième école, la plus courante, la plus mercantile aussi, consiste à s'éloigner suffisamment de la version "cases et phylactères" pour que le réalisme prennent le dessus. On utilise un licence qui attirera les fans sans pour autant aller au bout du processus. Vous savez, c'est comme ces jeux vidéos sous licence, bien souvent des daubes parce qu'une grosse partie du budget a servi à se payer le personnage. Mais, au final, on s'en fout si le jeu soit nul, les fans l'achèteront de toute façon. Dans cette option, il est impératif de tout expliquer par le prisme du réalisme, quitte à se permettre quelques blagues sur les costumes des comics, par exemple.

Parce que le problème est souvent là, le costume. Dans le premier film X-men, tout le monde se souvient de la réplique de Cyclope à Wolverine qui se plaint des costumes, "tu aurais préféré une combinaison jaune ?", faisant référence au premier uniforme du griffu dans les comics. On en parle pour le fan service, on s'en moque pour justifier le choix de la sobriété.

Dans Titans, même si on se moque dans une scène des couleurs criardes du costume de Robin, il est présent à l'identique dans la série. La blague ne sert pas à justifier un choix "plus adulte". Il est assumé. Et putain, qu'est-ce que ça fait du bien !

Une claque monumentale

Le suspens est éventé depuis l'article d'hier. J'ai overkiffé Titans. Pour moi, cette série est la meilleure tout éditeur confondu que j'ai pu visionner sur Netflix. Oui oui, meilleure que les séries Marvel dont je suis pourtant un vibrant aficionados. Elle est, à mon sens, le résultat de la synthèse des qualités de toutes les séries superhéroïque que j'ai pu voir jusqu'à présent.

Deux écoles, encore. C'est reparti ! Très vite, je vous promets.

La première consiste à déployer une histoire unique qui trouvera son dénouement en toute fin du dernier épisode. On va dire que la plupart des séries Marvel Netflix sont calées sur ce schéma. La deuxième reste plus classique. Même si un arc narratif sous-tend la saison, chaque épisode est construit autour d'un scénario qui aura un début, un milieu et une fin, éventuellement un ennemi différent à chaque fois. C'est souvent le cas des séries DC qu'on peut visionner sur Netflix.

Je suis d'accord, il n'y a pas que Netflix. Mais à part Les Agents du Shield qui a connu une première saison bancale pour, ensuite, régulièrement se bonifier, le reste traîne son lot de casseroles. Runaways ? Trop teenager. Les Inhumains ? Trop cheap. The Gifted ? Mal maitrisé. Legion ? Superbe mais trop barré et ça devient pénible sur la longueur. Rassurez-vous, je ne vais pas tous les lister même si j'aime bien le principe. Tiens, ça pourra faire l'objet de prochaines miscellanées. 😉

Les atouts de Titans

Titans, c'est une bande son de fou, une réalisation digne de la première saison de Dardevil, un scénario intelligent même si parfois il se laisse aller à quelques facilités, une narration dosée de main de maître, des effets spéciaux parfaits. Une réussite totale. L'univers est riche et les protagonistes masqués nombreux. Le show runner de la série a tout compris. Il a parfaitement analysé les points forts et les points faibles de tout ce qui s'est fait de superhéroïques en série. Il a viré les longueurs de Dardevil en conservant ce qui avait épaté la galerie au moment de la sortie de la première saison, le cadrage, le montage, la réalisation proche du grand écran. Titans assume tout. Titans prend le meilleur des mondes imaginaires et réels pour en proposer une vision juste ce qu'il faut de caricaturale pour se rappeler le média originel tout en y insufflant les horreurs du nôtre. Titans ne cache pas que son inspiration vient aussi de la Maison des Idées. Les films Marvel sont connus par leurs scènes post-génériques. Une marque de fabrique. Les séries Marvel de chez Netflix, ne faisant pas partie du MCU (Marvel Cinématic Universe) - à la différence des Agents du Shield, par exemple - se sont dédouanées de ce "passage obligé". Eh bien Titans, en toute fin du dernier épisode - restez jusqu'au bout, donc -, y va de sa scène post-générique à ne pas rater.

Virage de cuti

Peut-être que ma modeste connaissance de l'univers DC me met à l'abri des déceptions dans la mesure où je ne connais que très peu des protagonistes de la série. Les découvrant aussi bien campé, je suis vierge de toute comparaison. N'empêche que mon coup de cœur est aussi inattendu que total et assumé. Titans m'a vraiment donné envie de creuser du côté des comics de l'éditeur que j'ai mis de côté pendant tant d'années. Un tour de force. Attendez-vous, dans les prochaines semaines à ce que je vous propose plus d'articles sur la Distinguée Concurrence.

Dans cet article, je n'ai surtout pas voulu entrer dans les détails de l'intrigue, des personnages. Parfois, à vouloir trop en dire, on spoile sans le vouloir. J'ai souhaité vite donner mon avis avant de tomber sur d'autres critiques, en vidéo ou sur blog, pour conserver un sentiment vierge de toutes interférences. Maintenant, je suis avide de savoir ce que vous avez pensé de Titans. N'hésitez pas à jeter votre avis en commentaire. Je suis très impatient de vous lire. Ça m'évitera de tomber dans le Titans blues que je sens déjà m'envahir tandis que le point final arrive.

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