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Pauvre Donald Duck !

25 Mai 2019 | Disney | 0 commentaires

Pauvre Donald Duck. Quand on s'amuse comme le gros poupon que je suis à faire une recherche sur Google avec son prénom, on tombe plus sur une mèche blonde que sur un bec. Le réel a pris le pas sur l'imaginaire, l'actualité sur la légèreté, le tweet sur la plume. J'ai ressenti ce glissement à l'écriture de mes articles sur les clowns. Google image ne me proposait que des clowns terrifiants. Des signes prouvant que le monde évolue vers sa part sombre, que l'âme d'enfant que je m'évertue à prôner à longueur d'articles futiles meurt à petit feu.

Sondage et résultats

Plomber l'ambiance lors de la présentation d'une des icônes de chez Disney, c'est tout moi, ça. Allez, reprenons de la plume de canard avec les résultats de ce petit sondage que j'ai lancé sur mon compte Facebook il y a quelques jours. Pauvre Donald Duck. À la question "Pouvez-vous me donner le trait de caractère que vous associez à Donald Duck ?", les participants n'ont pas été tendres avec le volatile en costume marin.

Sur un total de 47 réponses, voici dans un premier temps les (seulement) 13 réponses positives par ordre décroissant :

Oncle bienveillant : 4
Humain : 2
Amoureux de Daisy : 1
Drôle : 1
Espiègle : 1
Persévérant : 1
Spontané : 1
Voix caractéristique : 1
Volubile : 1

Donald possède une belle fibre familiale étant un "oncle bienveillant", "humain" et "amoureux de Daisy". C'est que les auteurs de la fin du siècle dernier, Don Rosa en tête, ont œuvré pour qu'il jouisse d'une image moins négative lui ajoutant un aspect d'amour paternel le liant à ses trois neveux, effaçant ainsi l'autoritarisme parental des premières années de cohabitation. Par là-même, il est in fine décrit par le biais des autres, neveux, fiancée et oncle. Alex explique son côté grincheux par le fait que Donald est "paternaliste et soucieux mais il n'empêche que c'est un grand sentimental." Bon, il a quand même une drôle de voix ce qui le rend à la fois drôle et attachant.

Mais, vous l'avez devinez, la tendance était plutôt à la négative avec :

Colérique/râleur/Excité : 24
Soupe au lait : 4
Impulsif : 2
Veule : 2
Abruti : 1
Inadapté : 1
Perdant : 1
Malchanceux : 1

Concernant le trait de caractère majeur - plus de la moitié des avis -, Hugues nous apporte une précision intéressante quant à l'évolution récente du personnage : "Avant 80, Donald est mesquin, colérique, bagarreur. Après 80, il se rapproche des personnages jouaiés à l'écran par Louis de Funès : veule, calculateur, tire au flanc. Globalement, il reste la caricature du citoyen râleur et colérique, pas foncièrement méchant."

Le côté colérique et grincheux des années 30 à 50, c'est en fait estompé progressivement, sans jamais toutefois disparaître - râleur un jour, râleur toujours - avec l'entrée des neveux chez les Castors Juniors. Et puis, surtout, une raison légitime à sa rouspétance s'est faite jour face à l'avarice de l'oncle Picsou.

Lionel ajoute un élément intéressant : "Je trouve qu'il est très français, râleur (comme moi)". Comme nous, quoi ! Pourtant, quand il est question de sortir un magazine après Le Journal de Mickey en France, ce n'est pas lui qui est choisi mais son oncle milliardaire avec Picsou magazine.

David bémolise l'avis général en précisant qu'enfant il détestait le personnage ajoutant que son regard a changé en grandissant. Son côté humain avec les bons comme les mauvais côtés a adouci son point de vue. Dominique résume ce sentiment : "Caractériel mais attachant."

L'un des participants a abordé la malchance de Donald. Elle est d'autant plus forte avec l'arrivée dans le bestiaire coin-coin de l'oisif et suffisant cousin Gontran Bonheur. "Beautiful looser ! Perdant magnifique !" nous dit Jérôme.

Donald est un des héros les moins lisses de Disney.Flo résume par cette constatation ce qui rend le personnage finalement attachant. Et Nathalie de conclure sur une touche d'humour : "Inadapté... à une vie sociale classique... Il sort quand même cul nu..."

Dans la case caractère, Wikipédia propose une balance parfaite avec deux qualités et deux défauts : généreux, gentil, colérique, vaniteux. Et vous, qu'auriez-vous répondu à la question ?

Aux origines du mauvais caractère

Donald doit ses traits de caractères négatifs au département des scénarios des studios Disney qui dès ses débuts, le mit en permanence dans des situations catastrophiques. Vous gardez votre calme vous quand vous êtes dans la mouise ? Selon Jack Hannah, Donald est un concentré d'être humain avec ses bons comme ses mauvais côtés. La liste des adjectifs le qualifiant pourrait être sans fin mais en élaguant un peu on retiendra : Crédule, rêveur, persévérant, déterminé voire obstiné, héroïque mais pas téméraire, grincheux, angoissé, fier, égocentrique, hystérique et surtout colérique.

Jack Hannah précise : "il était déjà difficile de trouver des histoires pour Mickey... vous ne pouviez pas trop le bousculer. Et Dingo, vous ne pouviez pas bousculer le simple d'esprit... Donald était très facile à utiliser... Donald pouvait être n'importe quoi."

Mais, finalement, n'est-ce pas son statut de canard qui le confine au rôle ingrat de l'éternel râleur ? La colère avec tous ses mouvements désordonnés est plus facile à dessiner que les sentiments plus calmes. Pas facile de donner une grande palette d'émotions à un bec. Bill Tytla, un des premiers animateurs des studios Disney, est clair : " Les canards je n'ai pas la patience de travailler avec." Est-ce un hasard si chez Warner Bros, les concurrents d'en face, Daffy Duck possède les mêmes caractéristiques ?

Donald all the world

Bien qu'il ait quasiment disparu des écrans, Donald reste une valeur sûre de chez Disney. Preuve en est le nombre important des produits dérivés à son effigie dans les Disney Sores et autres parcs d'attractions aux grandes oreilles. Une des raisons réside dans sa présence papier continue, BD et comics.

D'après l'écossais John Grant, auteur d'une encyclopédie des personnages Disney, Les enfants américains sont moins fans de Donald que de Mickey à cause de son mauvais caractère alors que le public adulte est plutôt friand des histoires de Donald, prompt à lui pardonner ses écarts de conduite. Cela rejoint d'ailleurs ce que David nous racontait plus haut.

L'historien Lewis Jacobs revient sur les origines du succès de Donald à partir de 1939 précisant qu'il est à relier à l'émergence des gouvernements nationalistes et des conflits dans le monde, le tempérament du canard reflétant plus l'esprit violent de l'époque qu'un Mickey alors en déclin.

Le saviez-vous, Donald est très populaire dans les pays scandinaves et d'Europe du Nord, où il vole même la vedette à Mickey. Particulièrement en Suède où c'est le nomber one des personnages Disney. À la différence de chez nous, Il y possède son propre magazine.

Tout comme en Italie, un pays qui entretient une relation forte avec Donald puisque, comme nous l'avions vu dans l'article Pourquoi je surkiffe Elisa Penna ?, c'est le fournisseur d'une grande partie des histoires situées à Donaldville qu'enfant - bon, d'accord, même adulte pour certains d'entre nous - nous lisions dans les différents magazine Disney. Les autres pays dessinant du canard pour Disney étant les États-Unis, le Danemark et, dans une moindre mesure, le Brésil.

En Allemagne, l'avènement de Donald est plus compliqué. C'est que le canard a contribué à l'effort de guerre américain. On retiendra l'oscarisé Der Fuehrer's Face de 1943. Dans ce court-métrage d'animation, Donald rêve qu'il  travaille dans une fabrique de munitions au pays des Nutzi, Le Nutziland étant une parodie de l'Allemagne nazie. Le terme de Nutzi est un jeu de mot entre "Nut" qui peut se traduire par "fou", et "Nazi".

Après la Seconde Guerre mondiale, les instances de la jeune République fédérale hésitent à interdire l'import des comics américains. En 1951, est lancé le magazine mensuel Micky Maus où l'on retrouvera régulièrement le duck à la voix nasillarde. Et, finalement, Donald deviendra y un personnage populaire.

Et on termine en chanson !

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